Lentille « prête-à-porter »

Mme M., 31 ans, vendeuse en magasin de prêt-à-porter, se présente en consultation de contactologie en raison d’une mauvaise tolérance de ses lentilles actuelles. Elle a comme antécédent une myopie forte et porte des lentilles souples en hydrogel depuis l’âge de 16 ans.

Observation
Ses lunettes actuelles sont
OD : -25 (-3,5) 10° = 3/10 ;
OG : -22,50 (-2) 160° = 3/10.
Son acuité visuelle avec ses lentilles est la suivante : OD = 1/10 ; OG = 4/10.
À droite la kératométrie est : K1 = 7,36 mm, K2 = 7,15 mm.
À gauche : K1 = 7,28 mm, K2 = 7,13 mm.

Nous lui proposons une adaptation en lentilles rigides afin d’améliorer son acuité visuelle ainsi que l’oxygénation de sa cornée grâce à la meilleure perméabilité à l’oxygène des LRPG. Nous réalisons une adaptation avec des lentilles de type Menicon EX-Z D = 9,60 mm qui permettront un meilleur confort. Les caractéristiques sont les suivantes :
OD : P = -17,00 D, R = 7,50 mm (7,40 trop serré) = 6/10.
OG : P = -16,50 D, R = 7,40 mm (7,30 trop serré) = 6/10.

Après 4 mois de port, Mme M. se plaint d’une sensation de sécheresse et de rougeurs dès une heure de port malgré des lentilles bien adaptées. Nous mettons alors en place un piggy-back avec des lentilles souples en silico-hydrogel sous la lentille rigide, ce qui permet d’améliorer la tolérance.

Cinq ans plus tard, la patiente revient car elle se plaint d’une mobilité excessive de ses lentilles et d’un inconfort. À l’examen à la lampe à fente, les lentilles sont en places et l’image fluoresceinique est satisfaisante. À la dépose, il n’y a pas ni kératite ni néovascularisation limbique. Nous lui proposons alors une adaptation avec des lentilles de type Eyebrid Silicone(laboratoire LCS) dont les paramètres seront ajustés à partir de ceux de la LRPG portée. La jupe sera standard et l’adaptation aura été satisfaisante dès le premier essai pour cette patiente (figures 1 et 2).

Après 2 ans de port, la patiente est très satisfaite, avec un confort optimal permettant un port prolongé de 16 heures par jour et une acuité visuelle à 6/10 ODG.

Discussion
Les lentilles hybrides présentent une zone rigide centrale permettant d’optimiser l’acuité visuelle et une jupe souple en silico-hydrogel périphérique pour un meilleur confort.
L’Eyebrid silicone est de renouvellement trimestriel et doit être portée en port journalier. Elle a un haut Dk/e (100) pour la zone rigide, une large gamme de puissance (-40 à +40), de cylindre (-0,50 à -6,00) et de rayon (5,50 à 10,00 mm), et une jupe adaptable (-1,00 à +1,00).
Les lentilles se retirent avec une ventouse et s’entretiennent avec une solution multifonction, oxydante ou à base de povidone iodée.
Pour l’adaptation sur une cornée régulière, le choix de la première lentille s’effectue comme pour une LRPG classique pour le rayon (K Plat) et pour la puissance (Puissance lunettes ramenée au sommet de la cornée en respectant la distance verre/œil) et une jupe standard dans un premier temps qui sera réajustée en cas de besoin par la suite.
Une pose de LRPG  à partir d’une boîte d’essai est possible pour déterminer les caractéristiques de la lentille d’essai.
Lors de l’essai, après un port de 15 minutes, on vérifie l’acuité visuelle et l’image en lampe à fente.
Le contrôle à la  lampe à fente s’effectue tout d’abord en lumière blanche puis pour l’image fluorescéinique, on peut instiller de la fluorescéine macromoléculaire qui se présente en bandelette imprégnée afin de ne pas teinter la jupe souple.
Un contrôle après au moins une heure de pose est nécessaire sans lentilles afin de vérifier l’absence de kératite qui devra alors entraîner un changement de paramètres.
Le centrage et la mobilité de la lentille seront aussi controlés et pourront être ajustés soit en ouvrant soit en refermant la jupe.

Conclusion
Les lentilles hybrides présentent plusieurs avantages : elles ont un bon Dk/e, offrent un meilleur confort que les lentilles rigides, et une qualité visuelle sans fluctuation car elles sont peu mobiles. On peut de plus les prescrire pour un port occasionnel.
Les inconvénients sont surtout le coût (50 euros par mois), le retrait qui nécessite une ventouse, et un moindre confort qu’une lentille souple. Ces inconvénients, et notamment le prix, font que ces lentilles restent à prescrire en seconde intention.

Pour en savoir plus
Colliot J-P. Adapter une lentille hybride. Réalités Ophtalmologiques. 2019. Compte rendu JIFRO.

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