Une protéine de SARS-CoV-2 dans le tissu oculaire d’une patiente convalescente

Les tissus oculaires d’une patiente précédemment infectée par le CoViD-19, mais dont les symptômes avaient disparu et les tests RT-PCR étaient revenus négatifs un mois plus tôt, contenaient une protéine du SARS-CoV-2. C’est ce que vient de montrer une étude de cas chinoise, menée sur une femme de 64 ans opérée pour glaucome aigu. Cette femme avait été hospitalisée pour CoViD-19 le 31 janvier 2020 (le test RT-PCR naso-pharyngé était positif).

Après 18 jours, ses symptômes avaient disparu et les tests RT-PCR réalisés les 18 et 20 février étaient négatifs. Durant son hospitalisation, aucun symptôme oculaire n’avait été observé. Le 28 février, la patiente a commencé à ressentir une douleur persistante et une baisse de l’acuité visuelle à l’œil gauche. Les mêmes symptômes se sont développés à l’œil droit trois jours plus tard. La patiente a alors été admise dans un service d’ophtalmologie le 8 mars et un glaucome aigu à angle fermé a été diagnostiqué. Les médecins ont réalisé une phacoémulsification le 14 mars sur l’œil gauche et le 15 sur l’œil droit. Ils prélèvent à cette occasion des fragments de la capsule antérieure du cristallin. La PIO n’ayant pas diminué, une trabéculectomie est réalisée le 10 avril. Les médecins prélèvent alors des fragments de la conjonctive, du trabéculum et de l’iris. Des anticorps IgG anti SARS-CoV-2 sont détectés mais pas d’anticorps IgM. La protéine de la nucléocapside (NP) du SARS-CoV-2 est elle aussi présente dans les prélèvements de la conjonctive, du trabéculum et de l’iris (mais pas dans le plasma sanguin), et la protéine ACE2 (qui sert de porte d’entrée au virus) dans la conjonctive. Une recherche similaire a été effectuée sur un patient contrôle de 61 ans, opéré le 10 avril par trabéculectomie : ni IgG ni IgM ni NP n’ont été retrouvés chez ce patient qui n’a jamais été infecté par le SARS-CoV-2. La protéine ACE2 était, elle, bien présente dans sa conjonctive. Les auteurs en concluent que l’œil est aussi un organe cible de l’infection au SARS-CoV-2. La façon dont le virus pénètre dans l’œil n’est pas encore certaine. Il pourrait utiliser le récepteur ACE2 présent à la surface de la conjonctive (cette hypothèse nécessite une étude chez l’animal pour être validée, par exemple en recherchant le virus dans le tissu intraoculaire après inoculation au niveau de la conjonctive). Il pourrait aussi se répandre de façon systémique après infection des organes respiratoires. L’absence d’IgM dans le plasma n’est cependant pas en faveur de cette hypothèse. Les auteurs estiment qu’il faut maintenant vérifier si la présence de NP dans l’œil plusieurs semaines après l’infection entraîne des dégâts structurels ou fonctionnels, et si ces résidus viraux sont toujours infectieux.

Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 Nucleocapsid Protein in the Ocular Tissues of a Patient Previously Infected With Coronavirus Disease 2019. Ying Yan, Bo Diao, Yueping Liu, et al. JAMA Ophthalmol. Published online October 8, 2020.

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