Sécheresse oculaire : intérêt de combiner osmoprotecteurs, acide hyaluronique et carmellose

« Étant donnée la nature chronique de la sécheresse oculaire et les répercussions qu’elle peut avoir sur la qualité de vie, il est nécessaire que les patients, les professionnels de santé, les médecins et les pharmaciens soient conscients que cette maladie doit être traitée de façon adéquate dès le début », annoncent en introduction de leur étude quatre chercheurs ophtalmologistes espagnols.

 

Et pour trouver un traitement efficace, ils ont passé en revue, via leur expertise et l’étude de diverses publications, les modes d’action de l’acide hyaluronique (AH), de la carboxyméthylcellulose (carmellose – CMC) et de divers osmoprotecteurs (L-carnitine, érythritol, glycérol), ainsi que l’effet de leur combinaison au sein d’une formulation (Optive Fusion, d’Allergan).
Ils font ainsi observer par exemple qu’un AH de haut poids moléculaire (> 1 MDa) présente plus de bénéfices pour la surface oculaire que celui de bas poids moléculaire. Car non seulement il augmente la viscosité de la solution lacrymale (et donc le temps de contact du produit avec les différentes structures de l’œil), mais en plus, il présente un effet réparateur sur la surface oculaire en stimulant la migration épithéliale, et donc la cicatrisation, et en inhibant l’expression de marqueurs de l’inflammation telles que les interleukines 6 et 8. La CMC quant à elle a prouvé son efficacité dans la récupération des défauts de l’épithélium et la réduction de leurs symptômes.
Les chercheurs dressent également la liste des effets bénéfiques des osmoprotecteurs (l’érythritol réduit, par exemple, le stress hyperosmotique ; la L-carnitine joue un rôle dans la protection des cellules épithéliales de la cornée contre le stress oxydatif…) mais notent surtout les bénéfices tirés de leur combinaison. « L’effet des osmoprotecteurs dépend en grande partie de la quantité de substance que les cellules épithéliales peuvent capturer et du temps durant lequel elles peuvent conserver cette substance, expliquent les auteurs. Différents osmoprotecteurs ont des vitesses d’entrée, de sortie et d’action différentes dans les cellules et agissent selon des processus différents. Ainsi, additionner simultanément divers osmoprotecteurs peut avoir un effet de synergie contre l’hyperosmolarité. »

Une hypothèse confirmée par les publications étudiées qui révèlent que la formulation combinant CMC, AH et osmoprotecteurs a prouvé son efficacité au cours de plusieurs expériences et essais cliniques. Les scientifiques soulignent notamment que cette combinaison présente une viscosité élastique et dynamique qui lui permet de s’adapter au clignement des paupières sans toutefois dépasser la limite au-dessus de laquelle les patients rapportent une vision troublée. Enfin, la présence d’osmoprotecteurs à la place d’électrolytes dans la formulation permet d’inclure de l’AH de poids moléculaire élevé tout en maintenant une faible concentration de sodium dans le produit et donc d’éviter l’excès de sel dans le film lacrymal (ce qui pourrait entraîner un processus inflammatoire, des dommages de la surface oculaire ou de l’inconfort).
Les chercheurs concluent donc que la combinaison d’AC, de CMC et d’osmoprotecteurs peut être une option recommandée dans le traitement de la sécheresse oculaire, quel que soit le degré de sévérité de la maladie.

David Touboul, CHU de Bordeaux

Orobia AJM, Saa J, Lorenzo AO, Herreras JM. Combination of hyaluronic acid, carmellose, and osmoprotectants for the treatment of dry eye disease. Clin Ophthalmol. 2018;12:453-61.

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