Ophtalmologie : la résorption de la pénurie est en marche

C’était le thème d’une conférence de presse organisée par le Snof le 9 octobre dernier. L’objectif était de montrer que face aux critiques sur les délais d’attente, un certain nombre d’éléments pouvait inciter à plus d’optimisme.
 

Une augmentation du nombre d’ophtalmologistes en exercice
En effet, de plus en plus d’ophtalmologistes sont formés : le nombre de postes ouverts à l’ophtalmologie lors des épreuves classantes nationales a augmenté de 50 % en cinq ans, passant de 106 en 2010 à 159 en 2015. Cette mesure, si elle est insuffisante à elle seule (selon les projections actuelles, le déficit d’offre de soins visuels atteindrait 8 millions d’actes en 2020 sans nouvelles mesures), elle est la solution la plus efficace sur la durée, surtout quand elle est associée à la multiplication par trois du nombre d’ophtalmologistes en activité après 65 ans depuis 2010 et l’implantation d’ophtalmologistes étrangers (entre 30 et 50 par an). La combinaison de ces trois facteurs explique que le nombre d’ophtalmologistes en exercice est en constante augmentation sur les dernières années.
On peut ainsi constater une amélioration de la densité d’ophtalmologistes dans 15 régions sur 22, notamment dans les 5 régions qui étaient les moins denses en 2004 (graphique)


Une meilleure prise en charge des urgences par les ophtalmologistes
Elle est devenue tangible comme l’ont montré les résultats d’une étude Novartis sur les délais de rendez-vous chez un ophtalmologiste menée auprès de 100 centres ophtalmologiques répartis sur tout le territoire. Des patients inconnus du cabinet les ont appelés pour des motifs d’urgence variable.
Dans tous les cas, un raccourcissement des délais médians a été constaté par rapport à une étude similaire menée en 2013 : baisse brutale de la vision : 1 jours au lieu de 2,5, patient ayant déjà eu une DMLA : 9 jours au lieu de 10, strabisme chez l’enfant : 10 jours au lieu de 27, examen du diabète de l’adulte : 24 jours au lieu de 52 et vérification de la vision : 38 jours au lieu de 45. Entre 46 % et 65 % des patients inconnus du cabinet obtiennent un rendez-vous dès leur premier appel.
Cette amélioration est le résultat d’une meilleure formation des secrétaires médicales pour qu’elles analysent mieux l’urgence des situations et affinent la prise de rendez-vous. En parallèle, les ophtalmologistes  ont revu l’organisation de leur agenda pour une meilleure gestion de créneaux et pour consacrer des plages horaires aux urgences.

Délégation de tâches : l’exemple de la région Rhône-Alpes
Le travail aidé est considéré comme l’une des solutions alternatives pour répondre aux demandes de soins et il était intéressant d’analyser la perception qu’en avaient les ophtalmologistes. Pierre Pégourié a présenté le rapport* dont il est l’auteur sur la situation en Rhône-Alpes, région en forte tension puisque le délai moyen de rendez-vous y est de 167 jours pour une moyenne nationale de 111 jours (étude Jalma/Ifop 2014).

Le rapport fait tout d’abord ressortir des pratiques en forte évolution par rapport à une étude similaire réalisée en 2004 :
- la moitié des ophtalmologistes travaillent avec au moins un orthoptiste dans leur cabinet : 49 % des cabinets contre 31 % en 2004 ;
- la délégation est principalement en faveur des orthoptistes qui réalisent 21,5 % de l’ensemble des réfractions de la région contre moins de 6% en 2004, 25 % des OCT, les ophtalmologistes ne réalisant plus que 23 % des champs visuels (39 % en 2004).
- les ophtalmologistes de moins de 50 ans ont des pratiques différentes des générations précédentes : ils disposent plus souvent de personnels techniques spécialisés au sein de leur cabinet (81 % versus environ 50 % pour les autres tranches d’âge) et collaborent dans leur grande majorité avec au moins un orthoptiste.

Les ophtalmologistes se montrent donc très favorables à la délégation interne aux orthoptistes : 83,4 % mettent en avant le raccourcissement du délai de rendez-vous (contre 65,8 % en 2004) et 86 % pointent une amélioration de l’organisation. Concernant le bilan visuel réalisé par les orthoptistes dans le cadre du renouvellement des corrections optiques (6 à 15 ans, 16 à 50 ans), 90 % des ophtalmologistes informés de ces protocoles envisagent de les utiliser en délégation interne. Par ailleurs, 90 % connaissent le dépistage de la rétinopathie diabétique par rétinographie et, parmi eux, 61 % seraient volontaires pour être lecteurs des clichés réalisés dans leur cabinet.

Pierre Pégourié a conclu en rappelant les trois leviers pour développer la délégation de tâches et mieux répondre aux demandes de soins visuels tout en maintenant le contrôle médical :
- un levier financier, pour rendre la délégation de tâches accessible aux ophtalmologistes en secteur 1 par le salariat d’orthoptistes,
- un levier juridique, avec une structure adaptée permettant le travail entre ophtalmologistes et orthoptistes en libéral, avec la création de cotations adaptées,
- un levier réglementaire par une extension du décret des orthoptistes.

* Enquête réalisée par auto-questionnaire auprès de l’ensemble des ophtalmologistes libéraux de la région Rhône-Alpes ayant une activité libérale, hors établissement, entre le 14 avril 2015 et le 5 juin 2015. Taux de réponses : 35,3%. Echantillon globalement représentatif en termes de sex-ratio, d’âge, de secteur d’activité et de département et également cohérent avec l’échantillon de l’enquête réalisée en 2004.

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