Monovision et effet Pulfrich inversé

Les lentilles monofocales utilisées contre la presbytie pourraient entraîner une mauvaise perception de la distance par rapport à des objets en mouvement, et ce d’autant plus qu’ils sont loin et bougent vite. Un problème soulevé par une équipe de chercheurs américains et espagnols – qui envisagent aussi une solution simple. La monovision induit des différences de netteté entre les deux yeux et les chercheurs ont émis l’hypothèse qu’elle pourrait entraîner un effet Pulfrich (effet psycho-optique qui permet de créer une illusion de 3D à partir d’une image plane).

Ils ont utilisé un haploscope (une sorte de version de laboratoire d’une cabine 3D de cinéma) et mesuré l’effet de la correction par monovision. Surprise, c’est un effet Pulfrich inversé qui a été constaté : plutôt que d’être traitées plus lentement, les images floues étaient traitées plus vite que les images nettes. Transposons le cas à la circulation routière : les risques ne sont pas négligeables. « Imaginez que vous conduisez une voiture et arrivez à une intersection », présente Johannes Burge, l’un des auteurs de l’article paru dans Current Biology. « Un cycliste arrive par le croisement à environ 24 km/h. L’erreur dans la perception de sa distance par rapport à vous peut être de 2,8 m, soit la largeur d’une voie! » Les chercheurs ont aussi essayé d’éliminer l’illusion. Pour cela, ils ont teinté l’une des deux lentilles monofocales – puisque l’augmentation du flou et la baisse de la luminosité sur la rétine entraînent des effets opposés. Et ils ont obtenu une correction à cet effet de Pulfrich inversé. Ils suggèrent de teinter plutôt la lentille de vision de près (pour éliminer l’effet sur les cibles lointaines) car ils estiment que la vision correcte pour les cibles en mouvement au loin est sans doute plus importante que pour les cibles proches. Mais ils conviennent que cette hypothèse doit être testée plus avant. Quand à l’adaptation du cerveau à cet effet Pulfrich inversé (une fois la personne porteuse accoutumée à la monovision), elle doit elle aussi être vérifiée.

Burge J, Rodriguez-Lopez V,  Dorronsoro C. Monovision and the Misperception of Motion. Curr Biol. 2019;29(15):2586-92.e4.n

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