Iatrogénicité des collyres anti-infectieux en ophtalmologie

Une certaine ambivalence ressort de l’utilisation des collyres anti-infectieux en ophtalmologie : d’une part, les concentrations et les posologies doivent être suffisamment importantes pour permettre de lutter efficacement contre l’agent infectieux ; d’autre part, leur toxicité locale n’est pas négligeable, entraînant souvent retards de cicatrisation et kératites toxiques. Le rôle du clinicien est alors de savoir distinguer ces lésions de celles engendrées par l’infection et l’inflammation en elles-mêmes. Cet article se propose de faire la synthèse de la iatrogénie des anti-infectieux administrés par voie topique dans la prise en charge des kératites infectieuses.

L’utilisation des anti-infectieux et la gestion de leur iatrogénie repose sur un équilibre ténu entre efficacité et toxicité. Cet équilibre devra être géré pour chaque patient grâce à des observations cliniques attentives et rapprochées. D’un point de vue physiopathologique, cette toxicité correspond à des dommages tissulaires ou à une perturbation des fonctions cellulaires, avec ou sans réponse inflammatoire associée. Ces dommages peuvent intervenir par cytotoxicité directe ou par des mécanismes indirects tels que la réduction de la stabilité du film lacrymal ou de la sécrétion lacrymale. Elle peut être induite directement par le principe actif, par les conservateurs qui lui sont adjoints, par des produits de dégradation du principe actif ou par des contaminants. Elle peut aussi être la conséquence du pH ou de l’osmolarité de la solution, effet particulièrement présent pour les collyres renforcés. On peut également noter que cette toxicité locale induit à l’instillation un réflexe de larmoiement qui a pour conséquence de diminuer la concentration en principe actif. À côté de ces effets toxiques, la iatrogénie passe également par les réactions allergiques (notamment hypersensibilité de type I et IV).

L’ensemble des données rassemblées à l’issue de notre revue est présenté de manière synthétique dans le tableau. Les effets adverses des anti-infectieux par voie systémique ne sont pas abordés. Par ailleurs, la iatrogénie des anti-infectieux peut aussi être la conséquence d’un mésusage, cet aspect ne sera pas non plus développé ici.

Conclusion
La prise en compte de la iatrogénie présente une importance clinique toute particulière pour les collyres anti-infectieux. La connaissance des effets toxiques inhérents à leur utilisation est un prérequis indispensable à une prise en charge efficace des kératites infectieuses. Les données épidémiologiques sur la fréquence de ces événements indésirables restent cependant limitées. Néanmoins il appartient à chaque clinicien d’en tenir compte et d’apprécier pour chaque patient le rapport entre efficacité et tolérance des traitements prescrits.

Pour en savoir plus
Pisella P-J, Baudouin C, Hoang-Xuan T. Société française d’ophtalmologie. Surface Oculaire. Rapport Sfo 2015. Paris:Elsevier-Masson. 2015. Bourcier T, Bouheraoua N, Gomart G et al. Kératites bactériennes. EMC - Ophtalmologie 2019;37(1):1-12 [Article 21-200-D-22].
Bourcier T, Letsch J, Sauer A et al. Kératites amibiennes. EMC - Ophtalmologie 2013;10(3):1-7 [Article 21-200-D-25].
T. Bourcier, A. Sauer, A. Dory, J. Denis, M. Sabou. Kératites fongiques. EMC – Ophtalmologie 2017;14(4):1-7 [Article 21-200-D-27].
Mannis MJ, Holland EJ. Cornea. Fourth edition. Edinburgh; N.Y: Elsevier; 2017.

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