Apports de la pharmaco-épidémiologie moderne dans la chirurgie de la cataracte

Les sources de données sont nombreuses dans le domaine de la chirurgie de cataracte. Elles peuvent provenir de l’administration, de systèmes de facturation, de registres cliniques ou du dossier médical électronique. Celles que nous présentons dans cet ­article sont récentes et proviennent du Système National des Données de Santé.

Source de données

Les données administratives de l’Assurance maladie permettent de connaître les caractéristiques de la population étudiée (âge, sexe, etc.), le diagnostic principal via la codification, et parfois les pathologies associées et les facteurs de risque. Les bases de données administratives ne sont généralement pas conçues pour être analysées, ce sont des bases de facturation. En France, les bases de données de l’Assurance maladie sont collectées depuis 2003 dans un vaste espace numérique : le Système national d’information interrégime de l’Assurance maladie (SNIIR-AM) [1]. Il en résulte une des plus grandes bases médico-administratives au monde, couvrant 65 millions de personnes. C’est pour cette raison que les analyses sur le SNIIR-AM sont parfois assimilées à des analyses sur Big Data. Afin de faciliter l’étude de cohortes de patients atteints de maladies fréquentes, un échantillon au 1/97e des assurés à l’Assurance maladie a été constitué depuis 2005 : l’échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) [1]. Ces bases de données contiennent des données démographiques, les données de remboursement des prestations ambulatoires (dont les délivrances de médicaments), les données médicales des régimes de l’Assurance maladie (affections de longue durée, ­maladies professionnelles, arrêts de travail, etc.) et les données ­hospitalières issues du programme de médicalisation des systèmes d’information. Toutes ces données sont indi­viduelles, prospectivement recueillies, anonymisées et chaînables. Tout cela fait du SNIIR-AM une source de données très intéressante pour la recherche épidémiologique, pharmaco-épidémiologique et en économie de la santé, particulièrement pour les maladies rares. L’EGB est particulièrement utile à l’étude des maladies plus ­fréquentes et sur le long terme.

Épidémiologie descriptive

Les données françaises indiquent que l’incidence annuelle de la chirurgie de la cataracte en France entre 2009 et 2012 est passée de 631 137 à 715 031 (+13,3%) pour un nombre de patients (opérés d’un ou des 2 yeux) stable, voire en légère diminution, passant de 472 569 à 442 977 (-6,3%) [2]. Ainsi, l’incidence de la chirurgie de la cataracte est passée de 9,81 à 10,97/1 000 personnes-année et celle des patients opérés (d’un ou des 2 yeux) a diminué de 7,35 à 6,79/1 000 personnes-année. Il existait un pic d’incidence après 70 ans avec un discret retard à la prise en charge des hommes. Il a été observé que le délai de chirurgie entre le 1er et le 2e œil était en diminution. L’intervalle médian de chirurgie entre le 1er et le 2e œil était de 29 jours (interquartile 14-86 jours) sur les 4 années (tableau I) [2].

Épidémiologie analytique

Décollement de rétine

Selon les données françaises, le risque de décollement de rétine à 4 ans entre 2009 et 2012 était de 0,99% (11 424 patients opérés d’un décollement de rétine secondaire à une chirurgie de la cataracte en 4 ans) [3].

Le délai médian d’apparition de cette complication était de 237 jours (interquartile 75-738). Les facteurs de risque principaux mis en évidence par cette analyse étaient la rupture capsulaire avec une vitrectomie antérieure et un âge inférieur à 55 ans lors de la chirurgie : comparativement aux patients opérés après 75 ans, ceux opérés entre 40 et 54 ans présentaient un risque de décollement de rétine multiplié par 5,22 (intervalle de confiance à 95% 5,05 à 5,39) [tableau I] [3].

Endophtalmie

Les complications rares, telle l’endophtalmie après une chirurgie de la cataracte, sont particulièrement intéressantes à étudier en Big Data. La base SNIIR-AM s’est révélée utile à ces analyses. En 2016, une étude française publiée par Creuzot-Garcher et al. a montré que l’incidence des endophtalmies aiguës après une chirurgie de la cataracte avait fortement diminué avec l’augmentation de l’utilisation de céfuroxime intracamérulaire en fin de ­chirurgie entre 2005 et 2014. En 2005, l’incidence des endophtalmies était de 0,145% et avait chuté à 0,053 en 2014 [4]. Une autre étude publiée en 2016 sur plus de 2 millions de patients a analysé le bénéfice d’une ­injection d’antibiotiques en fin de chirurgie de la cataracte. Le risque d’endophtalmie postopératoire était diminué sans augmentation de l’incidence de l’œdème maculaire cystoïde traité (tableau I) [5].

Syndrome d’Irvine Gass (œdème maculaire cystoïde du pseudophake)

Une incidence qui varie avec la définition utilisée
L’œdème maculaire cystoïde (OMC) est la complication la plus fréquente après une chirurgie de la cataracte (syndrome d’Irvine Gass). Le manque de définition ­uniforme rend l’interprétation des études épidémiologiques délicat. L’incidence de l’OMC après une chirurgie de la cataracte est estimée entre 1 et 30% selon la définition utilisée (tableau II). Différentes définitions de l’OMC après une chirurgie de la cataracte ont été proposées selon les méthodes diagnostiques. Elles peuvent être soit clinique, avec une baisse d’acuité visuelle, soit anatomique plus ou moins symptomatique, avec une OMC mise en évidence en angiographie à la fluorescéine ou en OCT. Le tableau II résume les incidences retrouvées selon la définition et selon la technique de la chirurgie de la cataracte. L’incidence semble évoluer avec les progrès technologiques.

Données françaises
L’OMC traité a une incidence estimée à 0,95% [16]. Le plus souvent, l’OMC après une chirurgie de la cataracte est sans conséquence sur la vision et a une durée inférieure à 6 mois, mais il peut évoluer de manière chronique et récidivante et conduire à des séquelles visuelles ­irréversibles.

Références bibliographiques

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[16] Daien V, Papinaud L, Domerg C et al. Incidence and Charac­teristics of Cystoid Macular Edema after Cataract Surgery. Ophthal­mology. 2016;123(3):663-4.

Auteurs

  • Vincent Daien

    Ophtalmologiste

    Service d'ophtalmologie, CHU de Montpellier, Inserm 1061

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