Premières recommandations de l’Eular sur la prise en charge du syndrome de Sjögren

L’Eular (European League Against Rheumatism) a émis ses premières recommandations sur la prise en charge du syndrome de Sjögren (qui touche 1 à 23 personnes sur 10 000 en Europe). En plus des manifestations rhumatologiques, ce syndrome montre des symptômes oculaires (œil sec sévère). Un groupe de travail incluant des ophtalmologistes (en plus des rhumatologues, internistes, gynécologues, dermatologues, etc., de 30 pays sur les 5 continents) a été créé, concluant sur trois recommandations majeures : la prise en charge des patients dans des centres d’expertise et en multidisciplinarité, une approche avant tout locale pour les symptômes de sécheresse (oculaire et buccale) suivie d’une approche systémique.

Voici les recommandations plus précises de ce groupe de travail à propos de la sécheresse oculaire (qui concerne plus de 95% des patients atteints et a un impact significatif sur la qualité de vie). Pour les auteurs, la première ligne thérapeutique de la sécheresse oculaire est le remplacement du volume et de la lubrification par des larmes artificielles et des gels oculaires, dont les ingrédients principaux sont des lubrifiants avec une base polymérique ou un agent de viscosité (methylcellulose, hyaluronate), dans le but d’augmenter le volume de larmes et le temps auquel les larmes restent à la surface oculaire, et de réduire la friction entre la paupière et le globe oculaire. Ces topiques doivent être utilisés au moins deux fois par jour et jusqu’à toutes les heures si besoin. Si elles sont utilisées plus de 4 fois par jour, les auteurs recommandent de privilégier les larmes artificielles sans conservateurs. Les pommades ophtalmiques peuvent être utilisées pour la nuit car elles sont plus épaisses, mais entraînent une vision floue et doivent être suivies de mesures d’hygiène au matin. Si la sécheresse oculaire est sévère ou réfractaire, les auteurs recommandent une prise en charge par un ophtalmologiste spécialiste des maladies de la cornée. Ils suggèrent des AINS oculaires ou des corticostéroïdes locaux, mais à court terme (2-4 semaines maximum). Quant à la cyclosporine A (CyA) et au collyre de sérum autologue (CSA), les auteurs notent le manque de preuves scientifiques (pas d’essai randomisé chez des patients Sjögren spécifiquement), et concluent que le niveau actuel de connaissance ne permet pas d’établir une préference entre les options. Ils ajoutent que de nouvelles informations sur les stratégies et traitements seront bientôt disponibles et nécessiteront une mise à jour des recommandations dans les années à venir.

Ramos-Casals M, Brito-Zerón P, Bombardieri S On behalf of the EULAR-Sjögren Syndrome Task Force Group, et al. EULAR recommendations for the management of Sjögren’s syndrome with topical and systemic therapies. Annals of the Rheumatic Diseases. 2020;79(1):3-18.